samedi 5 mars 2011

Beji Caïd Essebsi, un papy fringant

Beji Caïd Essebsi : Un papy fringant qui fait de la résistance

Par Taïeb Moalla
En vacances actuellement en Tunisie, l’auteur est journaliste au Journal de Québec. Il est à l’origine du défunt blogue Chakchouka tunisienne, logé par Bakchich. Il y signait Mohamed Ettaieb.


« Même Hamma Hammami semblait content ».
C’est la boutade que de nombreux Tunisiens lançaient samedi, au lendemain d’un exercice de haute voltige prodigué par le fringant-papy, Beji Caïd Essebsi, 84 ans au compteur. Le tout nouveau (façon de parler!) premier ministre tunisien aura donc réussi le tour de force de satisfaire (partiellement) l’indécrottable contestataire qu’est le leader communiste Hammami…

Vendredi, dans la pure tradition bourguibienne, Caïd Essebsi a prononcé un discours d’environ une heure en alternant les mises en garde, les conseils amicaux, les menaces à peine voilées et les boutades. Son numéro d’équilibriste - digne du grand commis d’Etat qu’il est - s’adressait autant à Monsieur-Madame-tout-le-monde qu’aux acteurs d’une scène politique totalement chamboulée depuis la Révolution de la dignité (pitié, arrêtons d’employer ce foutu terme de Révolution du Jasmin!)

Truffant son exposé de versets coraniques et rappelant que la religion de l’Etat est l’Islam, Beji Caïd Essebsi a du même coup envoyé des gages aux islamistes. Affirmant avoir beaucoup de respect pour le leader islamiste Rached Ghannouchi, récemment rentré de 20 années d’exil londonien, le premier ministre ne s’est pas empêché de lui envoyer une pique. « Je veux bien admettre que j’appartiens aux archives. Mais c’est aussi son cas. Disons simplement qu’on n’a pas été faits dans le même moule », a-t-il blagué au grand plaisir des téléspectateurs.

L’autre pique, plus sévère encore, a été adressée aux deux opposants Nejib Chebbi et Ahmed Brahim, démissionnaires du gouvernement. Caïd Essebsi a répété que chaque membre de son cabinet avait évidemment le droit de claquer la porte. Ceux qui choisissaient cependant de rester en place devaient s’engager à travailler dans l’intérêt du pays d’ici le 24 juillet, jour de l’élection d’une assemble nationale constituante, a-t-il suggéré.

Traduction pour les non-initiés? Les deux opposants ont surtout abandonné leurs portefeuilles parce qu’ils refusaient de s’engager à ne pas se présenter aux futures élections. Ils auraient ainsi fait passer leurs intérêts partisans devant ceux du pays. Ce sous-entendu de Caïd Essebsi est passablement tiré par les cheveux (Chebbi et Brahim ont après tout le droit de nourrir des ambitions politiques), mais le premier ministre a probablement marqué des points avec cet argument imparable.

Enfin – et c’est probablement l’élément le plus important -, le premier ministre par intérim a fait savoir que les investigations des différentes commissions d’enquête n’épargneront personne. « Ce paragraphe du discours a été spécifiquement écrit pour Abdessalem Jrad », jure un habitué des méandres de la politique tunisienne. Jrad, patron de la toute puissante centrale syndicale (UGTT) et longtemps proche de Ben Ali, devra se tenir tranquille dans les prochains jours, chuchote-t-on à Tunis.

Parfaite antithèse du faible technocrate Mohamed Ghannouchi, le vieux de la vieille Beji Caïd Essebsi semble avoir repris les choses en main le temps d’un discours. Du moins pour le moment…

Les milices du RCD, le vrai sujet


Effectivement, l'élément le plus inquiétant en Tunisie aujourd'hui, ce sont les agissements de supplétifs de la police, armés de lattes de bois et en civil, et qui cognent méthodiquement sur les manifestants, à trois ou quatre sur le même. Samedi dernier, je les ai vu à l'oeuvre dans une petite rue adjacente de l'avenue Bourguiba, tabassant méthodiquement les jeunes, alors que ceux ci s'enfuyaient face aux charges policières et au jet de larymos.
Depuis, j'ai cherché à en savoir plus. Ces nervis sont apparus dans la nuit du 14 au 15 janvier, quelques heures après le départ de Ben Ali, alors que son âme damnée et chef de la garde présidentielle, le général Seriati, tentait de mettre le chaos. Cette nuit là, l'envoyée spéciale du Monde, Isabelle Mandraud, faisant preuve de beaucoup de courage, réfugiée dans un appartement du centre avec une quarantaine de tunisiens, a été témoin des exactions et agissements de ces hommes de main.
Avec un grand courage également, un diplomate de l'Ambassade de France s'est rendue, cette nuit là, sur les lieux où la journaliste et les opposants à Ben Ali étaient menacés par des flics accompagnés par leurs supplétifs. Et a entendu clairement un commissaire donner cet ordre: "Les policiers d'un côté, les autres un peu plus loin".
Un autre témoignage intéressant, celui d'un commissaire d'Hammamet qui confiait que les postes de police sont désertés par un bon tiers des flics les plus liés à l'ancien régime: "Nous sommes obligés, déclarait-il, de faire appel à des juenes désoeuvrés"
Ultime témoignage, un ami journalsite, qui séjournait dans un hôtel de l'avenue Bourguiba, le week end dernier a eu le sentiment que des casseurs se livraient à des saccages sans que la police présente ne bouge le petit doigt.
Autant d'éléments épars, qui ne cernent pas entièrement le sujet, mais qui sont effectivement un élément très inquiétant.

vendredi 4 mars 2011

Total black out sur la santé de Ben Ali

Ce n'est pas un hasard si Ben Ali a choisi de se réfugier en Arabie Séoudite. L'ex Président tunisien a des amis sûrs au Royaume wahabite. Ce qui explique le total black out, orchestré par les séoudiens,  sur son état de santé, qui, selon nos informations, est toujours très critique.
Ce qui est moins normal, c'est que le Président intérimaire tunisien, qui s'était enquis officiellement de la santé de Ben Ali voici deux semaines, n'ait toujours pas de réponse officielle. Le fax ne marcherait-il plus entre les deux pays? Les Tunisiens n'ont pas le droit de savoir?
Le grand ami de Ben Ali au Royaume, le Prince Naef, le ministre intérieur séoudien, est un habitué de la Tunisie. Il possède une immense villa à Thibar, une jolie commune montagnarde connue pour son bon vin et toute proche de Ain Draahme et Tabarka, dans le gouvernorat de Jendouba, où MAM a rencontré, pendant les vacances de Noel, les sécuritaires de Ben Ali. Le Prince Naef se rendait une ou deux fois par an dans cette région boisée où il avait l'habitude, en compagnie de son ami Ben Ali, de chasser le sanglier ainsi que de cultiver, sur plusieurs hectares, des poires.
Ben Ali possêde lui même une maison à Ain Draaham, aujourd' hui encore protégée par la police. IL est impossible prendre les bâtiments en photo. Le chef de la garde présidentielle, le Général Seriati, aujourd'hui en prison, que MAM rencontrait pendant son séjour, a, lui aussi, ses habitudes à Ain Drahaam. Un petit monde.
Dans les années 80, François de Grossouvre, le conseiller de Mitterrand, l'ancien ministre de l'Intérieur, venaient également dans la même région pour une partie de chasse; et toujours avec Ben Ali, qui n'était pas encore président mais qui, en arrivant au pouvoir en 1987, possédait au moins un ami dans le sérail élyséen mitterandien.
On comprend mieux que cette amitié pour le prince Naef ait incité Ben Ali à être accueilli par les Séoudiens D'autant que le Prince est fort proche des Américains, et ces derniers donc ne pouvaient  pas s'opposer à cet exil. Il est faux en revanche, comme le Canard l'avait écrit, que Ben Ali ait tenté de se réfugier à Paris. Ce sont les gendres, Materi, Chiboub et Mahbrouk (toujours à Tunis et très protégé par les intérèts français)  qui ont pris le chemin de la France. 
Dernier détail qui tue, qui est ambassadeur de France en Arabie Séoudite? L'ancien conseiller diplomatique de MAM au ministère de l'Intérieur, un certain monsieur Besancenot, mais de ce Besancenot là, l'histoire ne retiendra pas le nom. Mam avait organisé un véritable gang avec ses amis libyens (via Ollier), tunisiens et séoudiens pour aider le régime tunisien à se survivre.
On comprend, là aussi, que les sources diplomatiques habituelles qui devraient permettre au Quai d'Orsay d'être au courant de l'état de santé de Ben Ali n'aient pas fonctionné. La diplomatie française a été contrainte de demander à l'AFP, qui a confirmé l'accident vasculaire de Ben Ali, de plus amples informations sur ce sujet.
Ce black out est d'autant plus grave qu'il est clair désormais que Ben Ali et la Régente de Carthage, quand ils prennent la fuite le 14 janvier, ont l'intention ferme de revenir. Le refus de médiatiser l'état de santé de Ben Ali est aussi une façon de laisser la porte fantasmatiquement ouverte d'un impossible retour.
Le général Seriati était chargé d'organiser le chaos et Leila, à peine débarquée en Arabie Séoudite, reprenait l'avion pour Tripoli, avec la bénédiction de Naef. Le tout pour organiser depuis Tripoliet avec son ami le colonel, la reconquête du pouvoir à Tunis.
Ce scénario a buté sur l'implosion de la Libye. Incontestablement, la chute de Khadafi (qui organise son départ, probablement chez le grand démocrate qu'est Chavez) a été une vraie bénédiction pour la Tunisie. 

mercredi 2 mars 2011

L'oubli des "Inrocks" sur Gaino

Les Inrocks ont donc révélé que le conseiller et plume de Nicolas Sarkozy, Henri Gaino, avait passé ses vacances à l'ambassade de Libye. Pour une fois et mieux informé que MAM,  Gaino ne séjournait pas dans un des bons hôtels tunisiens où il possédait son rond de serviette. C'est le même qui, après la publication de la Régente de Carthage", avait déclaré aux deux auteurs du livre qui étaient reçus à l'Elysée: "Vraiment, vous m'emmerdez avec ce livre, vous allez gâcher mes futures vacances".

Privé désormais de Tunisie et de Libye, Gaino doit trouver de nouvelles destinations de vacances. Quid de la Russie de Poutine? Ou le Congo de Sassou?

Ce que les Inrocks, excellent magazine qui se revendique à gauche, n'ont pas rappelé, c'est le nom de l'ambassadeur de France en Libye, monsieur Gouyette, l'ancien conseiller diplomatique de Chevènement à qui il doit une partie de sa carrière. Si  Gouyette et Gaino passent d'agréables vacances à Tripoli, c'est juste parceque beaucoup de diplomates et de politiques à gauche et  droite ont eu, ces dernières années, une même vision "réaliste" sur la nature des régimes en place au sud de la Méditerranée. Il y aurait beaucoup à dire sur les liens de monsieur Gouyette avec les généraux algériens, un sujet qui n'est pas inintéressant.

  

Une révolution, mais dans la légalité

Ce qui surprend toujours chez les Tunisiens, c'est leur obsession de la règle de droit. Même les passe droits  et autres favoritismes du  régime maffieux de "notre ami Ben Ali" étaient imposés un cadre pseudo légal. Sous le rêgne du président déchu, la loi était tordue, instrumentalisée et appliquée généralement par une magistrature aux ordres. Mais le régime opposait toujours une pseudo rêgle de droit au citoyen.

Ce légalisme remonte aux origines de la République tunisienne au XIX eme siècle. La Tunisie est le premier pays arabe à avoir édicté une constitution. "Le syndrome autoritaire" du pouvoir tunisien, pour reprendre l'expression de l'excellent livre des universitaires Geisser et Camau, sa toujours avancé masqué, protégé un cadre constitutionnel et réglementaire.

Mercredi matin, une scène extravagante a eu lieu au Palais de Justice de Tunis. Dès neuf heures, devant les grilles du Tribunal, où des banderolles à la gloire de la Révolution, ont été suspendues, l'atmosphère était électrique. En effet, une audience en référé était prévue, à la demande de l'avocat du ministre de l'Intérieur, surnommé affectueusement par la population "monsieur propre", pour demander la dissolution du Rassemblement Constitutionnel démocratique, le parti de Ben Ali où étaient inscrits les plus fidèles du régime,mais aussi des milliers de tunisiens désireux simplement parfois d'obtenir un poste ou une subvention.

Le RCD, ou l'équivalent des Partis communistes de la belle époque, que Ben Ali, ambassadeur en Pologne entre 1980 et 1984, avait eu tout loisir d'observer. Sauf que, contrairement à l'Europe de l'Est,  le parti quasi unique de Ben Ali  avait pris le sigle de "constitutionnel et "démocratique", toujours l'obsession de la façade légaliste. 

La salle du tribunal, qui baignait dans une douce lumière printanière, était comble. Quelle surprise de voir plaidé la non constitutionnalité de la requête par deux avocates déterminées, genre "Régentes", un sourire narquois aux lèvres et représentant le RCD. Les élections truquées? Ce n'était pas le RCD. Les tires dans la foule? C'était le gouvernement de Ben Ali qui en avait décidé ainsi, pas le Parti. Sous les quolibets, parfois, ces deux avocates n'ont pas hésité à apostropher leur confrère, qui représentait le ministre de l'Intérieur: 
-"Mais vous savez que cela ne se fait pas, pendant une audience, de boire un verre d'eau"
-"Taisez vous, maitre, tranche le Président du Tribunal, je suis le seul maitre à bord". 

A coté de moi, un avocat qui se revendique du RCD et qui m'a reconnu comme le co auteur de Notre ami Ben Ali et de la régente de Carthage me traduit aimablement les propos des uns et des autres. "Elles ont du cran, les dux qui défendent le RCD, moi, je n'ai pas eu ce courage". Mais lorque le représentant du ministre de l'Intérieur explique que "le RCD a cloué la République" et qu'il faut dissoudre ce mouvement qui ne comprend plus "que tois aou quatre nazes", il s'emporte un peu: "Ce ministre de l'Intérieur qui s'est fait voler son portable et son manteau à l'intérieur même du Ministère dans son bureau ferait mieux de se faire discret. Heureusement que le ridicule ne tue pas". 

Quelques instants plus tard, un autre avocat prend la parole, qui prétend représenter lui aussi le RCD!!! Mon nouvel ami benaliste m'explique: "Il y a une scission chez nous". 

Les élites politiques et judiciaires tunisiennes revendiquent désormais un régime parlementaire. L'annonce devrait être faite, demain, par le Président intérimaire, qui prend enfin la parole, de la convocation d'une assemblée constituante. Ce qui veut dire que l'Agora tunisienne va se poursuivre encore pendant des semaines, où des arguties juridiques et constitutionnelles vont être échangées par les quelque cinquante partis que compte aujourd'hui la Tunisie (pas tous légalisés encore, même si le mouvement islamiste Nahda vient de l'être). Sans parler des innombrables représentants de la société civile ou des diverses tendances de l'UGTT, de la Ligue ou du barreau.

Légalisme, quand tu nous tiens!

mardi 1 mars 2011

Henri Gaino, conscience élyséenne

Voici un nouveau texte de mon ami Nidam Abdi

Henri Guaino, notre conscience élyséenne a passé noël à Tripoli, alors que MAM
était à Tabarka et Fillon en visite aux Pyramides. Guaino jure aujourd'hui qu'il
n'a pas visité la tente de Khadafi. On le regrette, car on ne voit pas un autre
esprit brillant pouvoir expliquer "L'esprit des lois" au guide de la révolution.
Par contre, on est chagriné que pour se dédouaner notre intellectuel gaulliste
affirme que la Lybie ne fait pas parti de l'Union Méditerranéenne, projet d'en
il a la charge.  Guaino ne sait pas qu'il existe une expression unique à Tripoli
pour désigner les enfants de cette ville. "Oueld el bhar":  Les enfants de la
mer.
Se qui inquiète dans le cas de l'intellectuel de la rue Saint Honoré s'est qu'il
ne sait pas poser la question de l'état de la vie culturelle en Lybie depuis
1969. Pourquoi les amoureux et experts de la culture de ce pays ne se précipite
pas pour passer noël à Tripoli?

Guaino ne savait-il pas qu'il y avait un chanteur berbère en prison? Guaino ne
savait-il pas que la musique andalouse (le malouf libyen) n'avait plus qu'un
orchestre? Celui qui porte  le nom de feu Hassan Laribi, le rare musicien libyen
aimé par tous ses confrères arabes.  Il y a des années, lorsqu'on demandait à au
maître Laribi, comment fait-il qu'il connaisse si bien la musique arabe, il
répondait: "la Lybie fait la jonction entre  le Machrek et le Maghreb et un
artiste de ce pays est tenu d'être à la hauteur de cette réalité.
Malheureusement un bédouin militaire qui n'est pas un "oueld el bhar" est arrivé
en 1969 et a tout détruit.
http://www.metacafe.com/watch/3379584/malouf_lybien/

Hommage à Radhia et Hamma

Entres les manifestations près du stade d'El Mannar en faveur du nouveau gouvernement, les heurts qui se poursuivent entre les supplétifs de la police ( impossible de savoir quel est leur statut) et les jeunes, les dissensions entre avocats et UGTT au sein du Conseil de a révolution, l'adoption d'un décret loi confisquant les biens d'une grosse centaine d'amis du régime Ben Ali et de ses clans quasi maffieux, la recherche d'hommes neufs par un Premier ministre de 85 ans, le commissariats et sièges du RCD incendiés dans les villes de l'Intérieur, l'arrivée de touristes égyptiens  et japonais dans les hôtes désertés de Djerba, la Tunisie cherche un deuxième souffle. Sur fond de difficultés économiques grandissantes, dans une "agora" générale, qui s'étend de la maison du Barreau, fer de lance de la Révolution, aux pages facebook, qui rythment toujours l'actualité à Tunis  . 

"On s'y perd un peu", admet une intellectuelle tunisienne. Merci aux internautes qui m'incitent à une certaine prudence. Personne aujourd'hui ne peut dire où va la Tunisie. 

Une certitude, la recomposition du paysage politique n'est pas nette pour l'instant. Les alliances de circonstance se multiplient. Une majorité des amis rencontrés, universitaires, avocats, journalistes ou syndicalistes, plaide pour un régime parlementaire. Seul souci, quarante deux partis ont déja demandé à être légalisés, cela fait beaucoup. Personne n'incarne plus le pouvoir. La Tunisie est un forum ivre de sa dignité retrouvée, après vingt trois ans d'humiliations.

Hier soir, grandes retrouvailles avec la grande Radhia Nasraoui et Hamma Hammami, le leader du PCOT, le parti d'extrême gauche tunisien? Je fais enfin la connaissance de Sarah, leur troisième fille, dont la naissance il y a onze ans, alors que Hammah était dans la clandestinité, avait été un formidable pied de nez à la police du régime. Sarah est forcément sur Facebook et vit, heure après heure, les événements. 

Fatiguée masi heureuse, Radhia continue à se battre pour le respect des droits des détenus, islamistes compris Son propos est toujours fort, net, sans fioritures. Un islamiste à la sortie de la prison refuse de lui serrer la main, coran oblige? La télé française l'interroge; "Vous le défendrez encore?". "Bien sûr, que je le défendrai toujours. C'est son affaire qu'il ne veuille pas serrer la main à une femme, pas la mienne".

Nadhia a compté ses amis dan le combat mené avec Hamma, elle en avait beaucoup. Mais aujourd'hui Bertrand Delanoé ne compte pas parmi eux. "Il y a quinze ans, un avocat de Tunis m'avait dit que Delanoé souhaitait me rencontrer, mais discrètement. j'ai évidemment refusé. Son soutien n'avait pas à être discret". Ce qu'il n'a pas été, l'ami Bertrand, lorsqu'en rencontrant Nadhai récemment, il s'est quasiment jeté dans ses bras, ostensiblement. Le maire de Paris, très défendu par la Ligue des droits de l'homme, qui a toujours été reçue et écoutée à la Mairie de Paris, a multiplié les rencontres avec les démocrates ces derniers jours. N'en a -t-il pas fait trop?

Lors des manifestations de ces derniers jours, Radhia a été entourée par une vingtaine de flis. Tous veulent créer un syndicat, se refaire une virginité. "C'est vous ou Hamma qui devriez devenir ministre de l'Intérieur, vous l'avez beaucoup fréquenté le ministère, vous le connaissez bien"? Quelle formidable capacité d'humour montrent les Tunisiens! Ce peuple aime blaguer, rire. Ce qu'il a du souffrir face au régime paranoiaque de Ben Ali qui lui imposait jusqu'à la couleur violette, la couleur du régime, sur les barrières et autres batiments publics.
Le téléphone sonne, c'est le batonnier. Rhadia pourra récupérer son ordinateur et son appareil photo, saisis lorsque la police politique est venue arrèter Hamma le 12 janvier à son domicile en l'enlevant brutalement. On avait craint pour sa vie. Or, cette fois, il ne sera pas torturé, juste incité à promettre qu'il restera tranquille. Ce qu'il ne va pas faire: "je n'ai aps peur, j'aime ma femme, je ne cherche pas l'argent: ils ne pouvaient rien sur moi".
Hamma avait moins de vingt ans lorsqu'il est arrèté en 1972 par les flics de Bourguiba, qui n'était pas un saint, il fait le rappeler. "Que cherches-tu", demandent les flics. "La démocratie", répond-il. Ils l'emmènent alors à "la salle d'opération", le nom qu'ils donnent à la salle de tortute. Ils déversent un sac de batons, fouets et autres instruments de torture devant lui: "Tu es démocrate, et bien choisis".
Lorsqu'après vingt jours de sévices, il sort du ministère de l'Intérieur, Hamma remonte l'avenue Bourguiba, les larmes aux yeux. "Je pensais, nous avons perdu notre dignité". Et il ajoute:
                          "J'avais trouvé une nouvelle identité, la dignité".   
Hamma et Radhia disent qu'ils aspirent désormais à se reposer. on ne les croit pas. Rhadia s'appète à partir pour le 8 mars à Caracas. Hamma court d'une chaine de télévision à une réunion militante, sans s'accorder une minute
Quelle belle leçon de courage, de dignité et d'humanité! Merci à vous deux et à vos trois filles.