dimanche 13 mars 2011

L'axe du mal Berlusconi-Ben Ali-Khadhafi

Si le régime de Ben ali a pu survivre si longtemps, c'est en raison dusoutien des Chirac, Pasqua, Seguin et autres politiques français, mais c'est d'abord grace à l'allliance malfaisante entre l'ex chef d'Etat tunisien avec berlusconi et Khadafi. Le triangle des maffieux au coeur du bassin méditerranéen 
Nous voici désormais témoins du baiser de la honte entre Berlusconi et Khadafi.

samedi 12 mars 2011

M6? Il peut mieux faire

Le journaliste marocain Ahmed Benseddik juge le discours royal, salué par Nicolas Srkozy, comme très insuffisant. Le Makhzen donne juste l'illusion de se réformer. Et pourtant il y a urgence. SA Marrakech, des graffitis sont apparus sur les murs mettant en cause la personne du Roi. "M6, dégage", "M6, rends l'argent". 
Dans la blogosphère, de jeunes marocains s'adressent directement au Roi. La misère d'un très grand nombre de marocains devient insupportable face à l'étalage de richesses du Palais ou des élites économiques marocaines. Le Royaume enchanté est en proie à un immense désenchantement et la personne du Roi est directement mise en cause, y compris sa vie privée, ce qui est tout à fait nouveau.
Dans l'armée aussi, où le pouvoir appartient à quelques généraux finissants et corrompus comme Benslimane, l'mpatience gagne. Des colonels et autres cadres intermédiaires commencent à s'impatienter.
Alors que la crise s'aggrage et que le tourisme au Maroc comme en Tunisie est en chute libre, la financiarisation mafieuse qui touche l'ensemble du bassin méditerranéen devient insupportable. L'entourage royal au Maroc a adopté, ces dernières années, largemetn les mêmes méthodes iniques que  feu le clan Trabelsi en Tunisie. 
Les mêmes causes provoquant les mêmes effets, le Palais marocain devrait réagir vite et fort. Et la France, soutien constant du pouvoir marocain, devrait sans doute recadrer sa politique vis à vis du Royaume.  
Faut-il envisager des frappes ciblées sur les luxueux Ryals de DSK et de BHL à Marrakech? Il est temps en tout cas  pour nos élites politiques et intellectuelles de réfléchir à un style de vie moins indécent dans un pays frappé par l'extrême pauvreté et un rétrécissement des libertés publiques? Voici des propositions et des réflexions auxquelles la diplomatie de Nicolas Sarkozy devrait réfléchir. 
                                                                                                                  Nicolas Beau 

L'excellent confrère et  journaliste marocain Ahmed Benseddik, qui collabore à ce blog, juge le discours royal très insuffisant. Voici sa contribution.

Beaucoup de points, dans le discours royal, restent dan le plus grand flou. 
- monarchie parlementaire non déclarée, or tant que le roi ne dit pas explicitement qu'il ne gouvernera pas, ce n'est pas convaincant
- le roi a limité déjà lui-même les points à réviser, pourquoi pas toute la constitution ?
- pourquoi parler encore de première et deuxième chambre ? ourquoi anticiper ?
- pourquoi il cite Imarat Al mouminine comme un dogme sacré non touchable ? Or cette affaire permet au Roi d'agir par-dessus la constitution, c'est un joker très dangereux car il n'est soumis à aucun contrôle
- l'article 23 sacralité du Roi passé sous silence ? Pourquoi ?
- la séparation entre pouvoir et argent n'est  pas évoquée
- les symboles de la corruption politique et économique et de l'abus de pouvoir Majidi et Himma et les autres sont bien sains et saufs, pourquoi ?
- pourquoi maintenir le gouvernement actuel ?
- la question des ministères de souveraineté n'est pas évoquée non plus
- la libération vraie de l'audio-visuel est passée sous silence alors qu’il est sous emprise sécuritaire
- le roi ne s’engage pas à déconstruire et éliminer les mécanismes du Makhzen qui agit en parallèle à l’état visible et officiel et qui a le vrai pouvoir
Nous avons besoin d’une vraie rupture et d’une nouvelle constitution et non pas d’une réforme de la constitution dans le cadre de la continuité. Nous avons peut être besoin de constitutionnaliser le respect de la constitution !
Combien de fois le roi a parlé de la réforme de la justice dans ses discours.
Déjà la nomination par le roi lui-même du président et des membres de la commission qui va rédiger les modif montre qu’il trace le périmètre du jeu. Le roi n’a pas ouvert un débat, il l’a fermé.
Le makhzen se régénère et donne l’illusion de se réformer.
Ne pas virer le gouvernement actuel et dissoudre le parlement est un mépris pour les gens qui sont descendus dans la rue. Ne pas reconnaitre les erreurs et errements et ne pas nettoyer  à l’eau de javel le palais et les sous palais des multiples tyrans est un autre mépris. On veut faire du neuf avec du vieux recyclé.
La vraie bataille ne fait que commencer pour que les gens ne tombent pas dans le piège.
Est-ce que les médias publics vont inviter aux plateaux de TV les gens de ANNAHJ DIMOCRATI  et de ADL WA IHSSSANE pour dire leur opinion ? La démocratie est la pluralité n’est-ce pas ?

Ce discours a pour objectif d'avorter le 20 mars et peut ouvrir un boulevard à EL HIMMA premier ministre demain avec des élections truquées...
Si le mouvement a pu arracher ces décisions avec une première mobilisation, cela prouve qu’il peut obtenir plus avec plus de mobilisation. 



J’ai été interrogé par FINANCIAL TIMES…voici


Description : Description : Financial TimesMoroccan king announces referendum on reform
By Eileen Byrne in London
Published: March 11 2011 00:08 | Last updated: March 11 2011 00:08
Extrait de l’Article : The reaction of Ahmed Benseddik, a Casablanca-based engineer, was typical of that of middle-class Moroccans who are increasingly prepared to voice their reservations about the country’s political system: “The king has already himself laid down the limits of what parts of the constitution are to be reviewed. Why not the whole constitution?” he said.The king also said in his speech that the planned reforms would “elevate the judiciary to the status of an independent power”. Said Mr Benseddik: “How many times has the king spoken of reforming the judicial system in his speeches?” while achieving little real improvement.
Traduction approximative : La réaction de Ahmed Benseddik, un ingénieur basée à Casablanca, a été typique de celle des Marocains de la classe moyenne qui sont de plus en plus disposés à exprimer leurs réserves sur le système politique du pays: «Le roi a déjà lui-même fixé les limites de la révision de la constitution. Pourquoi ne pas toute la constitution ?, dit-il.
Le roi a également déclaré dans son discours que dans la réforme il est prévu  «d'ériger la justice en  pouvoir indépendant». A déclaré M. Benseddik: "Plusieurs fois le roi a parlé de la réforme du système judiciaire dans ses discours", alors qu’en réalité les améliorations sont modestes.
 By Eileen Byrne in London
Published: March 11 2011 00:08 | Last updated: March 11 2011 00:08
In a surprise announcement of a referendum on political reform, Morocco’s King Mohamed VI has attempted to head off a protest movement that is increasingly impatient with a tradition of monarchical rule that dates back centuries.
In a speech late on Wednesday, the king said he had “decided to introduce a comprehensive package of constitutional amendments”, which would be drawn up by a committee headed by a constitutional expert.
The committee is to consult widely with political parties, youth organisations, intellectuals and others before reporting back in June. A new draft constitution will then be submitted to a nationwide referendum, the king said.
But the vocabulary used and the style of the televised speech – the king stood solemnly flanked by his son, the seven-year old Crown Prince Hassan, and his brother, Prince Moulay Rachid – indicate that any reforms will be directed from the top with a firm hand.
The reaction of Ahmed Benseddik, a Casablanca-based engineer, was typical of that of middle-class Moroccans who are increasingly prepared to voice their reservations about the country’s political system: “The king has already himself laid down the limits of what parts of the constitution are to be reviewed. Why not the whole constitution?” he said.
The king also said in his speech that the planned reforms would “elevate the judiciary to the status of an independent power”. Said Mr Benseddik: “How many times has the king spoken of reforming the judicial system in his speeches?” while achieving little real improvement.
The youth-driven uprisings in Tunisia and Egypt have enthused new life into such discussion of political reform in Morocco, allowing greater boldness in a country where outright criticism of the monarchy can still attract a prison sentence.
Long-time Moroccan royal adviser André Azoulay said in London Wednesday that he had been “surprised” by the “maturity” of young people who took to the streets in Tunisia and Egypt.
“When I saw what they said about the reasons for their demonstrations, I was surprised by the maturity they showed” and their commitment to peaceful protest, he said in a presentation at the British Council headquarters. “I felt proud.”
On Sunday February 20 there were demonstrations calling for political change in a number of Moroccan cities, with incidents of looting and destruction in the largely Tamazight (Berber)-speaking town of El Hoceima, in the Rif region on Morocco’s Mediterranean coast.
In a move likely to appease demands for more autonomy in the Rif, the king also announced on Wednesday that regional councils, elected by direct vote, would mean that “regional affairs shall be run in accordance with democratic principles”. The new constitution would include “the [Berber] component as a core element”, he said.
The Moroccan youth-led movement, which now calls itself the February 20 Movement, plans further demonstrations for March 20, while marches are also planned in Algeria and Tunisia.
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Delanoé choisira-t-il un musicien?

La démission de Hakim El Karoui de l'ICI ouvre une opportunité à Delanoë. Celle
de nommer un tunisien de France en phase avec la mémoire du berceau de la
culture maghrébine à Paris. Aujourd'hui, Barbès a perdu son ame de quartier
populaire. Les effets de la réhabilitation delanoiste n'a pas fait que des
heureux. Pour preuve, les cafés et les échoppes de musique maghrébine qui ont
disparu les uns après les autres. A visiter les rares maghrébins qui continuent
à maintenir la flamme populaire du quartier il y a crainte à se que l'Insitut
des Cultures d'Islam ressemblerais à se que est devenu le quartier autour de la
mosquée de Paris. Quartier populaire jusqu'aux années soixante avant de voir
disparaitre cabarets orientaux et cafés maghrébins qui ont fait le grand
quartier Latin de l'avant décolonisation. Barbès et la Goutte d'Or avait pour
habituer un des plus grands monologuistes du Maghreb, Mohammed Jarrari. Effacer
la mémoire populaire maghrébine de ce quartier à coup de rénovation, c'est tué
le souvenir de ce tunisois qui a porté dans l'immigration ouvrière les couleurs
des musiques de son pays. C'est grâce à lui, que sous Bourguiba et Ben Ali, on a
pu connaître et écouter les genres musicaux de toutes les régions de son
pays. Dernièrement, le magasin d'un des producteurs de Jarrari, juste à côté du
cinéma Louxor, est devenu une boutique de téléphone portable.

mercredi 9 mars 2011

Boillon paie pour les autres

Boris Boillon va payer decidement très cher sa réaction excessive aux légitimes questions de la presse tunisienne. Une nouvelle manif est prévue devant l'ambassade de France à Tunis samedi prochain et beaucoup, à l'Elysée et qu Quai d'Orsay, s'inquiètent des réactions de Tunis lors de la célébration de l'indépendance le 20 novembre prochain.

les diplomates qui ont vraiment failli dans les relations avec la Tunisie, notamment les ambassadeurs Mena et de Galley, qui n'ont rien voulu entendre ni voir du régime de Ben Ali, s'en sortent mieux. L'homme du karaoké, monsieur Mena, bon vivant mais mauvais diplomate,  qui traitait les opposants de "zozos", est sur le point d'être nommé par Alain Juppé à la Haye. La honte!!!

Quant à de Galley, très proche de Raffarin, il aurait la chance d'avoir bientôt une mission. Il faudra s'intéresser aux affaires faites par la soeur de Raffarin et ambassadrice de la Haute Vienne, département de Raffarin, en Tunisie et ailleurs. Nous y reviendrons.

Quant à Levitte, plus proche du départ que de l'augmentation, il est pas en point. Non seulement Sarko lui en veut beaucoup de son aveuglement, lui qui soutenait MAM et dont l'épouse passait d'agréables séjours en Tunisie, mais il est également mal vu par Chirac. Ce dernier déjeunait voici une semaine dans son restaurant chinois préféré et s'inquiétait du convive que Hubert Vedrine, qui déjeunait à la table à coté, avait invité. Thérèse, la maitresse des lieux, le rencard: "Il s'agit de Levitte". "Ah ce con de Levitte", s'écrie Chirac, moins gâteux qu'il n'en a l'air.

Encore faudra-t-il revenir sur le rôle déterminant et peu glorieux de Chirac dans le soutien de la France à Ben Ali. N'oublions pas que le banquier maffieux de Chirac au Japon, patron de la Sowa bank, va aider Ben Ali dans les années 90 à la demande de Chichi. Je m'apprête à frevenir dans un petit livre, à paraitre fin avril, sur les "liaisons dangereuses entre Paris et Tunis", avec Chirac, Segunin et Pasqua sans les premiers roles. 

Ce que masque la démission de MAM

Ce que cache la démission de Michèle Alliot-Marie

Beyrouth, le dimanche 27 février 2011
L’empressement de Nicolas Sarkozy à se débarrasser de Michèle Alliot-Marie trois mois après sa nomination au Quai d’Orsay vise à éteindre une polémique avant que de nouvelles révélations n’atteignent le président Sarkozy lui-même.
Dans cet entretien au site helvétique Mecanopolis.org, enregistré le 9 février 2011, soit au début de la polémique sur les vacances tunisiennes de la ministre, de ses parents et de son compagnon, Thierry Meyssan évoque la vente discrète d’un ancien avion présidentiel français de type A319CJ à la société tunisienne Karthago Airlines, propriété d’Aziz Miled et de Belhassen Trabelsi (frère de Mme Ben Ali). La vente aurait été négociée par Mme Alliot-Marie à la fois au nom du ministère français de la Défense et de la présidence de la République qu’elle représentait en sa qualité de ministre des Affaires étrangères. Les vacances de rêve de la ministre et de ses proches sont donc la partie émergée d’un iceberg de corruption dont Nicolas Sarkozy en personne est partie prenante.
Source : Réseau Voltaire
http://www.voltairenet.org/...

mardi 8 mars 2011

Bouazizi, victime d'une "fracture" culturelle

De Sidi Bouzid contre Sidi Bou Saïd (IIeme partie), Nidam Amdi, journaliste et spécialiste
de la culture tunisienne nous livre le versant culturel de la "fracture"
culturelle dans le payx saccagé par Ben Ali, surnommé "Bac moins trois".

Il faut avoir séjourné entre Sidi Bouzid et Kasserine pour savoir que cette
région est le berceau agricole de la Tunisie. Il n'est pas impossible que lors
de vos séjour sur la côte méditerranéenne, vous avez bu le lait des vaches de
Sidi Bouzid et goûté à sa Harrissa. Ce lait et cette harissa on l'a trouve
jusqu'à dans les hôtels chic de Gammart et Tabarka. Il faut savoir qu'à Sidi
Bouzid, un lycée agricole forme la jeunesse de la région à produire les aliments
que vous consommez avec la population tunisienne. Il n'est pas surprenant que le
père du martyr a été ouvrier agricole. Il n'est pas surprenant que le fils a
trouvé pour activité uniquement celle de vendeur de légumes, mais se qui est
paradoxale c'est qu'il l'a pratique clandestinement, sans papier professionnel.
Il faut aussi savoir, qu'à Sidi Bouzid, la poésie est un art local comme partout
en Tunisie, du Nord au Sud d'Est en Ouest. Elle s'exprime seul, sinon souvent à
travers les chants bedions, berbères et dans les confréries religieuses. Il y a
aussi dans cette région toute cette culture des noirs sud-sahariens dénommée
stambali. On peut imaginer que Sidi Bouzid est le carrefour de ce cosmopolitisme
populaire.
Le martyr de Mohamed Bouazizi n'est pas uniquement social et économique. Il y a
dans la Tunisie profonde une frustration culturelle de ne jamais voir
reconnaître par le pouvoir central à Tunis, les expressions artistiques
populaires du pays rural. Sinon, par des concepts de productions scénographiques
fumeuses pour faire danser sur les gradins de Carthage, la tchichi de Gammart et
autre Marsa... Bref, adapté l'esprit des festivals du sud de la Loire époque
Jack Lang aux musiques rurbaines des faubourgs de Tunis, Sfax et Sousse.

En 1987, lorsque Ben Ali est arrivé au pouvoir, les cultures musicales de
l'intérieur du pays n’avaient pas droit au chapitre. La musique citadine dominée
dans les médias, et celle du Proche-Orient avait aux yeux des tunisiens plus de
valeur que se qui faisait vibré à l'intérieur des terres et de Aïn Draham au
nord à Tataouine au sud. Mais, Ben Ali même n'étant pas un "beldi" (enfant de la
bourgeoisie citadine) il n'est pas arrivé par hasard à la tête du pays. Il est
malin et dès 1987 et dans l'euphorie de la fin du bourguibisme, il allait
instrumentaliser le milieu artistique tunisois, principalement constitué
d'enfants biens nés de la génération de mai 68. C'est ce piège tendu par Ben Ali
dans lequel Frédéric Mitterrand va tomber. Frédéric Mitterrand, Fadhel Djaziri,
Ali Louati..., seront les scénographes de ce "Tunis chante et danse" produit par
le prince de Carthage.
Mais à la différence de Chicago, qui dans les années 50-60-70 a intégré
individuellement les interprètes du blues du sud des USA pour en faire des
artistes universels (Mudy Waters, Bill Bi Bronzy, Hound Dog Taylor, John Lee
Hooker...), le pouvoir de Ben Ali a dès 1991, produit une méga-comédie musicale,
un tableau hollywoodien de ses genres musicaux: Nouba. La musique du pays de
Mohamed Bouazizi et ses idoles ont été présenté tel des acrobates et autres
clowns de cirque pour appâter classe moyenne, bourgeoisie et touristes de
passage à Hammamet.
Un artiste et pas des moindres était perdu dans cette production. Ismaïl Hattab,
originaire du Sahel a été durant le règne de Bourguiba la fierté du genre
musical dit Mezoued. Loin des petites stars du genre époque Ben Ali, Ismaïl
Hattab magnifié la poésie du pays profond, celui du monde agricole si méconnu de
la Tunisie. Ismaïl Hattab a chanté tout se qui de près ou de loin touche à
l'environnement des paysans du Sahel, de l'ouest berbère et du sud bédouin. Le
traitement d'un tel artiste dans la production Nouba et à l'instar des zoos
humain présentaient dans les foires parisiennes du XIXème siècle. Ismaïl Hattab
nous a quittés sous le règne de Ben Ali dans l'anonymat. Et sur Facebook, twiter
et autres sites du net tunisois, nul biographie pour rendre hommage à l'idole de
Mohamed Bouazizi.

dimanche 6 mars 2011

Sidi Bouzid contre Sidi Bou Saïd

Naoufel Brahimi El Mili, docteur en science politiques, propose une contribution sur la situation économique tunisienne qui sera déterminante dans la réussite de la transition actuelle: "Sidi Bouzid contre Sidi Bou Said". La première de ces communes est celle où la Révolution tunisienne a débuté, la seconde est le village le plus chic de Tunisie. 




Pour Ben Ali c’est la chute finale, pour les Tunisiens c’est la lutte des classes. Le combat n’oppose pas les « Ben Alistes » contre les démocrates puisque le champ politique était verrouillé donc homogène d’une part et d’autre part depuis que l’époux de Leyla Trabelsi a quitté le pays, tout le monde fustige l’ancien régime même ses plus fidèles serviteurs. Sans parler de la soudaine apparition de « victimes » trop consentantes curieusement défendues par des amitiés parisiennes habituées au soleil tunisien. Sous la dictature qui a duré 23 ans les voix discordantes étaient suffisamment et violement opprimées pour être relativement rares. N’empêche, une caste voire une mineure partie de la société tunisienne ne vivait pas trop mal sous le régime de Ben Ali. Ce dernier comptait même presque 300.000 amis sur ses deux pages de Facebook. 
Le système prédateur instauré par le clan Trabelsi a mis en place un clivage au sein de la société séparant les nantis des anéantis. De là à « s’anéantir » par le feu, le pas est vite franchit par un jeune diplômé acculé à vendre des légumes sans les nécessaires autorisations, source de petites corruptions policières, à Sidi Bouzid. Petite ville du centre tunisien peuplée de moins de 40.000 habitants éloignée de plus de 240km de Sidi Bousaid qui regroupe la majorité des amis « Facebook » de Ben Ali. Seulement sur Facebook, les ennemis de Ben Ali et des Trabelsi sont de loin les plus nombreux. La haine de ce clan de prédateurs conjuguée à l’immolation de Bouazizi crée une union sacrée entre les cyber-militants et les déshérités de la Tunisie profonde. Malgré la violence de l’oppression, le mot d’ordre « Ben Ali dégage » fait tâche d’huile. La désobeissance de l’armée fait le reste : en effet il dégage.
Les 24 heures qui ont suivit le départ précipité du couple Ben Ali ont fait de Mohamed Ghannouchi alors Premier ministre, Président provisoire de la Tunisie, avant de se contenter de son statut initiale. Il entame alors une série de maladresses. D’abord en reconduisant l’essentiel du gouvernement de Ben Ali, certes pour très peu de temps, ensuite en avouant avoir parlé au téléphone avec le dictateur déchu pendant trois quart d’heure, et ce dans un contexte fort peu apaisé. Alors que pour les Tunisiens la chute du système Ben Ali devait être une réelle rupture : avec le RCD, les ministres quasi-inamovibles, les policiers tortionnaires… Mohamed Ghannouchi semblait croire que sa réputation d’homme intègre était suffisante pour faire oublier qu’il était aux côtés de Ben Ali occupant différents portefeuilles ministérielles depuis plus de 22 ans. Il se lance alors dans une démarche dite d’union nationale : oui à la démocratie mais non au chaos.
Vues de Sidi Bouzid, ces subtilités politiques ne calment pas la colère. D’autant plus que la télévision tunisienne diffuse en boucle les images de liasses de gros billets en différentes devises, de bijoux et de palais parfois incendiés, attisant ainsi la fureur des Tunisiens. Ben Ali est parti mais ces « aristocrates on les pendra » se disent les provinces tunisiennes. Mélangeant hommes politiques et corrompus, la première cible des manifestants, est le parti du pouvoir le RCD qui avait tout de même plus de 2 millions d’adhérents, consentants et forcés confondus. Les inévitables règlements de comptes dans une situation postrévolutionnaire, pas encore à l’abri de la contre-révolution, rendent très incertaine une transition véritablement démocratique. L’union sacrée n’a plus lieu d’être, commence alors une lutte des classes qui trouve racine dans une inégale redistribution de la croissance et donc des richesses. Même Ben Ali en préparant son avant dernier discours a reconnu la nécessité de créer 300.000 emplois. Objectif surréaliste car l’économie du pays ne dispose pas de l’épaisseur capable d’absorber de tels emplois. Le tourisme qui occupe directement ou indirectement plus de quart des ressources humaines est le premier touché. Le cru 2011 n’aura pas ses 5 millions de touristes. A cela s’ajoute le retour de Libye, et ce dans des conditions dramatiques des 200.000 travailleurs tunisiens. Non seulement l’économie du pays est privée des remises en devises de ces tunisiens mais il faut désormais stabiliser leur situation pour ne pas aggraver l’explosion sociale. Telle est la mission du nouveau Premier ministre dont le principal atout serait l’image du (grand) père de la nation. Le calendrier électorale ne comporte pour l’instant qu’une seule date celle du suffrage pour les membres de l’assemblée constituante le 24 juillet prochain. Et c’est seulement après que cette future chambre accouche d’une constitution que peuvent s’esquisser alors les prochaines échéances électorales et se déclarent les potentiels candidats. A ce jour personne ne peut mesurer le rapport des forces entre les différents politiques car on ne passe pas rapidement de la culture de l’interrogatoire à celle des sondages. Les perspectives politiques du pays se caractérisent par l’imprécision et l’incertitude. Alors que la gestion des affaires courantes du pays manque de nombreux moyens.
La tragédie humanitaires à la frontière tuniso-libyenne et les évacuations à partir de l’aéroport de Djerba ne vont pas inciter les touristes à planifier leurs prochaines vacances d’autant plus qu’en Tunisie, ce secteur se caractérise par un faible coefficient de retour. La tenue d’élections en plein mois de juillet décourage définitivement les inconditionnels du soleil tunisien. Les tensions sociales basées notamment sur un réajustement des salaires réduisent à néant le principal avantage comparatif de la main d’œuvre locale. Ni l’Etat ni le secteur privé ne peuvent se permettre d’ignorer ces augmentations des salaires. Le flux massifs des réfugiés fuyant les massacres des Khmers verts kadhafistes, multiplie par 2 parfois plus, les prix des produits de première nécessité. 
La catastrophe humanitaire et ses conséquences remettent en question le « premier des droits de l’homme c'est manger, être soigné, recevoir une éducation et avoir un habitat ». Propos inoubliables du Président Chirac en visite à Tunis en 2003, entouré de ses ministres. Maintenant que c’est le « meilleur d’entre eux » qui est à la tête de la diplomatie française, le discours commence à s’adapter afin de structurer une efficace coopération entre les deux pays, malgré la nervosité d’un jeune ambassadeur, pourtant grand adepte de Facebook.