samedi 19 février 2011

"L'onde de choc" dans le monde arabe, un concept à creuser un peu

Bulletin de santé du médecin personnel de Ben Ali

De surprenantes rencontres dans le grand et superbe hall d'accueil de Sheraton, le dernier salon où l'on cause. Ce forum incroyable, qui se prolonge par un immense bar, voit se côtoyer, d'anciens  ministres de Ben Ali et des actuels, des bloggeurs vedettes de la Révolution et d'ex détenus tout juste sortis de cellules de quelques dizaines mètres carrés, Bertrand Delanoe ou le président de la Ligue des droits de l'homme  et combien d'autres. Et samedi matin je croise le professeur Mohamed Gueddiche, vingt trois ans de bons et loyaux services aux cotés de Ben Ali président, avec villa et domaines offertes et quelques gâteries pour ses enfants dont le monopole d'importation du matériel médical et une belle radio privée. Personne pour l'agresser ou lui demander des comptes. 
Les élites citadines tunisiennes montrent un incroyable controle de leurs affects et peu d'esprit de vengeance. De véritables atouts pour recomposer le paysage politique.
Et le professeur Gueddiche de parler de son patient, comme si ce dernier était encore présent sur le sol tunisien. "Il n'est pas impossible qu'il ait fait un accident cérébral, il travaillait 20 heures sur 24, ce qui est beaucoup à 74 ans, les derniers jours étaient terribles, stressants". Et d'ajouter: "Sans parler de son départ précipité, lui qui détestait les voyages, jamais plus de vingt quatre heures". 
Mais pour le reste, le bilan médical de son patient serait exemplaire: "le cancer de la prostate n'a jamais existé, il a juste eu quelques adenomes de la prostrate, comme tout homme de plus de cinquante ans, soignés par quelques médicaments, là encore comme tout un chacun".  Sinon, son état de santé serait parfait, ni cholestérol, ni tension, juste quelques grippes". Voici un homme fidèle à l'ex Président, "un patient comme un autre".
Président de la société franco tunisienne de cardiologie, le professeur Gueddiche admet qu'il faisait venir régulièrement des sommités du monde médical parisien, comme le professeeur Puech ou le professeur Leinhart, pour des bilans cardios. "Des bilans de routine".
S'il le dit!!!  


Ben Ali sorti de son coma


Le président déchu, comme on dit à Tunis, le général Ben Ali, hospitalisé dans un état critique à Djedda il y a une semaine après un accident vasculaire cérébral, est sorti de son état comateux. malgré le pronostic très réservé des médecins vendredi encore, l'ex chef de l'Etat a retrouvé hier samedi un vague état de conscience. C'est ce que m'ont indiqué des sources fiables à Paris et à Tunis hier soir samedi. "Beb Ali serait même sorti de son hopital samedi transporté sur un brancard, vers une destination inconnue", indique-t-on de même source.
Un bref rappel des faits s'impose. Arrivé en Arabie Séoudite, Ben Ali croit encore à un retour possible. Son épouse le quitte très vite, sans doute, estime-t-on à Paris de source gouvernementale, pour rejoindre le colonel Khadafi, l'allié de toujours, et préparer un extravagant et hypothétique retour sur Tunis.  Les manifestations quotidiennes et extrèmement violentes à Tripoli ne doivent pas faire totalement illusion. Le machiavélique colonel, estime certains services occidentaux, est du genre à créer le désordre pourmieux réimposer sa férule sur le pauvre peuple libyen. Un grand classique. 
D'Arabie Séoudite, Ben Ali ne cesse de téléphoner. Le Premier ministre tunisien, Mohamed Ghannouchi, qui fut son chaouch pendant des années et qui est resté en place de façon totalement incompréhensible pour une majorité de la population tunisienne, a reconnu qu'il avait reçu un coup de fil de son ancien patron. Seulement voila, les Séoudienss veulent bien être hospitalieers, recevoir les dictateurs en fuite mais à condition qu'ils restent discrets. Le régime coupe le téléphone satellitaire de Ben Ali et le place dans une résidence éloignée à la frontière du Yémen. 
Cette nouvelle contrariété explique, en partie, l'accident cérébral de Ben Ali voici une semaine et son transfert dans un état critique et semi comateux jusqu'à l'hôpital royal de Djedda, comme ce blog l'a révélé, informé par une double source, dont une proche de l'actuel Présidence tunisienne.  L'AFP confirmait la nouvelle grace à une source "familiale", probablement un ancien gendre de Ben Ali. A ce stade, le secret est bien gardé.
Même les ministres tunisiens ne sont pas tenus dans la confidence. La télévision tunisienne dément même l'information, le black out est total. L'auteur de ce blog, invité à passer pendant deux heures jeudi dernier, voit son entretien décommandé à la dernière minute, après les révélations sur l'état de santé de Ben Ali.
Pourquoi une telle chappe de silence? Est ce le fait  d'ultimes réflexes légitimistes à l'égard de l'homme fort de la Tunisie pendant un quart de siècle? Ou est ce des calculs plus machiavéliques, visant à faire revenir l'ancien régime et à ne pas tuer, prématurément, la statue du commandeur, fut-il en exil et extrêmement malade? "Il ne faut pas oublier qu'au sein de l'administration et de l'appareil sécuritaire, ils sont un bon nombre à fantasmer sur le retour de Ben Ali et de Leila Trabelsi", indique un ministre tunisien.
On peut d'ailleurs interpréter l'odieux assassinat du prètre catholique, vendredi dernier, présenté comme un acte antisémite, comme une provocation des barbouzes de Ben Ali,, désireux de crée le désordre. L'hypothèse, qui s'ajoute à d'autres agissements odieux à l'égard de la communauté juive tunisienne, n'est pas absurde. Heureusement, la manifestation, hier samedi, sur l'avenue Bourguiba pour dénoncer le meurtre du prètre polonais a rassemblé dignement des milliers de manifestants. 
Dernier rebondissement, l'ex général président est coriace et, malgré un bilan clinique désastreux, a donc retrouvé, entre vendredi et samedi, un état de conscience relatif, qui peut fort bien, indique-t-on toujours de bonne source, précéder une nouvelle rechute.
Etrangement à Tunis, les tunisiens doutent un peu de tout. Déboussolés pendant trop longtemps par le rêgne de la rumeur,  ils cultivent le doute et aussi, une certaine indifférence. " Si Ben Ali est mort, dit l'homme de la rue, paix à son ame, malgré ses forfaits. C'est "elle" qu'il nous faut juger".
"Elle", ou encore Leila Trabelsi, dite "la Régente de Carthage", qui cristallise toutes les haines, tous les ressentiments et toutes les frustrations. La publication dans les jours qui viennent  de document attestant des centaines de biens immobiliers volés par le clan Trabelsi et ses affidés montrera l'ampleur de cette main basse sur la Tunisie, qui relègue les petits potentas claniques d'Afrique et d'ailleurs au statut de petits joueurs.
Ce qui se passe en Tunisie est proprement "inédit", avait indiqué un ancien ambassadeur de France. 

vendredi 18 février 2011

Tunis: prètre égorgé, bordel fermé, ambassadeur nerveux


Samedi, un temps maussade sur Tunis, et une situation toujours marquée par un gouvernement flottant, une situation économique qui s'aggrave et une population, étonnamment calme, où le désir de parler et de comprendre est immense. Les trois signatures autour de la régente de carthage, devenue une espèce d'objet culte, ont réunies entre 150 et 200 personnes. Etonnamment, très peu de tunisiens croient en mes informations sur le coma de Ben Ali. 

En effet, le pouvoir continue à nier l'hospitalisation de l'ex Président. La télévision nationale qui m'avait invité pour deux heures jeudi après midi a soudainement décommandé l'émission. La décision a été apparemment prise quelques heures après l'annonce sur le blog de l'hospitalisation de Ben Ali.

Dix, vingt personnes m'interrogent dans la rue: "Mais Ben Ali est vraiment dans le coma? C'est vrai?" Après avoir vécu entre intox et rumeur depuis vingt trois ans et même, avant le 7 novembre 1987, sous le rêgne précédent de Bourguiba, les Tunisiens, avides d'informations, restent sur leurs gardes et ne croient pas en grand monde. La disparition de l'ancien président laverait pourtant les fantasmes et les peurs qui demeurent sur son éventuel retour. 

A tout moment, on soupçonne le formidable appareil sécuritaire de Ben Ali d'avoir encore quelques affidés qui cherchent à provoquer le chaos. Hier soir vendredi, je reçois un coup de fil de l'évèque de Tunis, Mgr Haroun. Le blog est désormais connu. Grace aux révélations sur le coma de Ben Ali, 50000 visiteurs se sont connectées avant hier et 15000 hier. "Un de mes prètres, le dit-il, le père Marek vient d'être assassiné. On l'a découvert le crane fracassé et égorgé". Quatre jours auparavant, le religieux avait reçu ce message étrange: "O Juif, nous savons qui tu es, tu as beaucoup d'argent". Et la missive était signée d'une croix gammée.

La semaine précédente des pseudos salafistes avaient manifesté violemment devant la synagogue de Tunis. A Gabes, d'après l'ambassadeur canadien que l' évèque de Tunis avait eu au téléphone, des injures antisémites ont été professées également.

Des provocations d'ancien benalistes? Ou la résurgence d'un antisémitisme dans la frange radicale de l'islamisme tunisien? Personne ne sait vraiment....L'Evèque est sous le choc: "Ici, tous ceux qui ne sont pas musulmans sont considérés comme juifs. Nous, chrétiens, on ne compte pas".

Toujours hier vendredi, au coeur de la Médina, des islamistes sont venus réclamer, en sortant de la mosquée, la fermeture ....du vieux bordel, qui, dans une rue adjacente, a pignon sur rue depuis des lustres. Ce sont des militants de l'UGTT, le syndicat historique tunisien, qui sont venus défendre ces dames. C'es un peu plus qu'un incident et un peu moins qu'un affrontement, un signe parmi d'autres que la société tunisienne, sans gouvernail, flotte un peu, tout en gardant un calme remarquable. 

Un peu de parano s'installe. Comment faire autrement aaprès vingt trois ans de régime ultra sécuritaire? Au restaurant "l'Orient", face au vieux journal de Tunis, "la Presse", au coeur de Tunis, un tunisien un peu allumé m'aborde à l'heure du déjeuner: "Alors, il parait que vous allez donner vos droits d'auteur à la famille du jeune qui s'est immolé à Carthage". Et d'ajouter, agressif, avant de s'éloigner: "C'est bien normal, vous n'allez pas vous enrichir sur notre dos".  Et les autres clients du restaurant de me rassurer: "Ne vous inquiétez pas, c'est surement un ancien indic du RCD et de Ben Ali". A moins que le bonhomme aie juste abusé sur l'excellent vin servi dans ce charmant établissement. 

On sent partout de la nervosité. Vendredi matin, la conférence de presse du nouvel Ambassadeur français, à peine débarqué d'Irak,  s'est mal passée. Les journalistes tunisiens l'ont interrogé  sur la méfiance que leur inspire désormais la France et mis en cause Nicolas Sarkozy. Le diplomate a sur réagi, en déclarant que ces remarques étaient insupportables.

La jeune et charmante journaliste qui a interrogé le ministre, lorsque je la croise à la radio "Mosaique FM", qui souhaitait me faire parler de "la Régente de Carthage", est toute retournée encore. "C'est normal de l'interroger sur l'attitude de la France, cela nous pose un sacré problème". Encore que les journalistes ce cette excellente radio (qui, il y a trois semaines appartenait au frère ainé de Leila) savent séparer le bon grain des MAM et consorts: "Heureusement vous étiez quelques uns, Florence Aubenas à Libération, Jean Pierre Tuquoi au Monde, et plus récemment, avec la création des sites, Bakchich, Rue 89 et Mediapart à nous défendre". Ce qui est juste,  même si les journalistes français qui suivaient le dossier tunisien tenaient dans une cabine téléphonique.  

Depuis hier, les blogs à Tunis ont pris l'ambassadeur de france pour cible. Un peu comme s'ils se défoulaient sur l'immense déception que l'aveuglement français a laissé ici Et tant pis si cela tombe sur un diplomate qui vient d'arriver il y a deux jours et non sur son prédécesseur. Lequel prédécesseur était connu pour son gout pour le karaoké, son amitié pour Jean David Levitte, le conseiller élyséen et sa proximité avec le Palais de Carthage, et même avec le pire de l'ancien régime. A savoir le "neveu" préféré et voleur de yachts, Imed Trabelsi, qui avait son rond de serviette à l'ambassade de France. Tout comme Pierre Pasqua, le fils de Charles, condamné en France mais reçu,  sous l'ancien régime benaliste,  à la résidence  de l'ambassadeur de l'ambassadeur. 

La pente sera dure à remonter pour la France. Combien de tunisiens désormais, dans la rue, saluent le rôle des Américains et s'en prennent à notre gouvernement. Jusqu'à évoquer, comme hier pendant la dédicace de "la Régente de Carthage" dans une superbe librairie du centre commercial de Lamarsa, les relents de colonialisme qui expliqueraient les réactions des officiels français. On se serait cru en Algérie....

Quel gachis! Et quel fiasco!



NB "Le Monde" journal (pas le site, toujours réactif et excellent) aura été le seul media français à réussir la performance de ne pas citer mon blog dans les révélations sur le coma de Ben Ali. Tout comme ils ne citaient jamais le site Bakchich que nous avions créé et qui, hélas, a été mis en liquidation. 
Il ne faut pas leur en vouloir. Les vieux "enturbannés" du Monde, comme on dit à Tunis, ne savent pas, pour la plupart, que la blogosphère existe.

Manifs du 20 au Maroc, ub Royaume désenchanté


Voici un excellent texte de Laila Lalami, professeur associé à l'université de Californie, sur les raisons qui expliquent la probable mobilisation populaire qui devrait marquer la journée du 20 au Maroc.

A lire absolument 

What the February 20 Protests Tell Us About Morocco


With the ouster of Zine el-Abidine Ben Ali and Hosni Mubarak, the Arab world has erupted in popular protests in favor of democracy and dignity. Morocco, long considered one of the most stable Arab countries, is not immune to this regional trend. Inspired by the cases of Tunisia and Egypt, a group of young activists are using social media to spread the word about a protest in Casablanca on February 20. A video they have made to promote the protests has already gone viral. It features thirteen young Moroccan men and women, speaking in their native Arabic or Berber. “I am Moroccan and I will take part in the protest on February 20,” they all say, and then go on to explain their reasons for marching: freedom, equality, better living standards, education, labor rights, minority rights and so on.
The February 20 movement was started by a group calling itself Democracy and Freedom Now. Their demands include constitutional reforms, the dissolution of the present parliament, the creation of a temporary transitional government, an independent judiciary, accountability for elected officials, language rights for Berber speakers and the release of all political prisoners. Democracy and Freedom Now was soon joined by a loose coalition of cyber-activists, traditional lefties, Islamists and twenty human rights organizations, including the Moroccan Association of Human Rights and Amnesty Morocco.
The reaction to the planned protests has been as predictable as it has been depressing. Though the Moroccan government has nearly doubled its food subsidies for 2011, it has not acknowledged the need for meaningful political change. Instead, the communication minister, Khalid Naciri, insisted that Morocco “has embarked a long time ago on an irreversible process of democracy and widening of public freedoms.” On his Facebook page, the youth minister, Moncef Belkhayat, posted a long statement calling on the demonstrators to use dialogue instead. “My personal position,” he wrote “as a Moroccan citizen who lives in Casablanca, and not in Paris or Barcelona, is that this march is today manipulated by the Polisario, with the goal of creating street clashes that will weaken the position of our country in the United Nations regarding the human rights situation in the Sahara.” In other words, while one minister denies that there are any serious problems, the other blames foreign agents provocateurs.
Pro-government activists have also staged a campaign against the young people who appear in the video, uncovering supposed alcohol use, distributing a photo of one of them inside a church or of another one posing with Saharan activists. The implication is simple: the people who are organizing this march are traitors to their faith and to their country. As for the Francophone elite, they seem for now to be mostly ambivalent about the protests, pointing out that the institution of the monarchy is 1,200 years old and asking whether the marchers really want a revolution. But nothing in the February 20 platform or its promotional video suggests that anyone is asking for the toppling of the monarchy; the focus, however, has been on meaningful constitutional reform.
Throughout all this, the king has remained silent.
When King Mohammed rose to the throne in July 1999, he had relatively little to do in order to fill a huge reservoir of goodwill. His father, King Hassan, had left the nation with an appalling human rights record, which included extralegal detentions, torture and censorship; a high level of corruption in virtually all state institutions; a literacy rate that hovered below 50 percent, one of the lowest in the Arab world; a territorial conflict with the Polisario Front; and tense relations with Algeria. Upon the death of the monarch who had ruled Morocco for thirty-eight years, most commentators used some form of the expression “end of an era.”
In his first official speech as head of state, King Mohammed outlined his plans for the country: constitutional monarchy, multiparty system, economic liberalism, regionalism and decentralization, building the rule of law, safeguarding human rights and individual and collective liberties, and security and stability for all. He defined his role as one of arbiter—one who does not side with any parties—as well as architect—giving general orientations and advice. He renewed his father’s commitment to alternance, a system that had allowed leftist parties, after nearly thirty years in the opposition, to finally hold cabinet positions and influence policy. The speech gave a lot of Moroccans great hope that their country would emulate Spain, their neighbor across the Mediterranean, and transition toward a democracy.
The king made many symbolic decisions in the early months of his reign. He allowed Abraham Serfarty, the Marxist politician and longtime foe of the regime, to return home to Morocco. He freed Abdesslam Yassine, the leader of the banned Islamic group al-Adl wal-Ihsan (Justice and Charity). He fired Driss Basri, King Hassan’s fearsome right-hand man and one of the most despised men in the country. He established an Equity and Reconciliation Commission, which investigated cases of disappearance and torture during the infamous Years of Lead and offered reparations to survivors. A reform of family law, which feminist activists had been working on for many years, was finally adopted. He instituted quotas for women’s representation in parliament: today, ten percent of Moroccan members of parliament are women. He desegregated one of the country’s theological seminaries, thus allowing female religious leaders to work in mosques and provide community services.
But the honeymoon period was over very quickly. Although he defined his role as architect and arbiter in his coronation speech, the king’s role has in fact been that of absolute ruler. The constitution of Morocco grants him the discretionary right to name a prime minister and cabinet, without regard for election results. He can also dismiss parliament at any moment and exercise emergency powers. Between 1999 and 2009, Morocco held two major legislative elections, but it has had three prime ministers, five interior ministers, three ministers of education and two ministers of foreign affairs, coming from various parties of different, and often divergent, political persuasions: socialists, religious conservatives, independents and technocrats. The current prime minister, Abbas el-Fassi, is best known for his role in a disastrous scheme to offer 30,000 job contracts on an Emirati cruise ship to unemployed Moroccans. Tens of thousands of people were officially registered by el-Fassi’s ministry, and asked to pay a 900-Dirham fee (about $100) for a medical exam. The jobs turned out to be a mirage. And no restitutions were ever made. That this man is now the head of the cabinet only serves to show that the cabinet is not accountable to the electorate; it is accountable to the king alone.
For the last ten years, the Moroccan government has insisted that it was “on the right track”—on the right track to where, it was never specified, but one was led to believe that this was an ongoing process of democratization. Still, there were some details in this story that didn’t quite add up. Take, for instance, the fact that the earliest crackdown on freedoms came just six months after King Mohammed’s ascension to the throne, in December 2000, when a demonstration in Rabat demanding the legalization of the Islamist group al-Adl wal-Ihsan (Justice and Charity) was repressed. Take the fact that, after ten long years, the literacy rate hovers a little above 50 percent, as opposed to a little below it. Take the fact that 15 percent of Moroccans live on under $2 per day. Take the fact that 70 percent of Moroccans think that corruption levels have stagnated or increased. Take the fact that, in the most recent United Nations Human Development Index, a composite measure of health, literacy and standard of living, Morocco ranked 130, behind Gabon, Fiji and even the occupied Palestinian territories.
Or take the fact that, between 1999 and 2009, the Moroccan government arrested, charged, prosecuted and sentenced nearly thirty journalists, including Ali Lmrabet of Demain; Aboubakr Jamaï, Ali Amar and Fahd Iraqi of Le Journal Hebdomadaire; Ahmed Reda Benchemsi and Karim Boukhari of Tel Quel; Driss Chahtane, Mustapha Hirane and Rachid Mhamid of Al Mish’al; Driss Ksikes and Sanaa el-Aji of Nichane; Abderrahim Ariri and Mostapha Hormatallah of Al Watan al An; Rachid Nini, Said Laajal and Youssef Meskine of Al Massae; Taoufik Bouachrine and Khalid Gueddar of Akhbar al-Youm; Ali Anouzla and Bouchra Eddou of Al-jarida Al-Oula; Noureddine Miftah and Meriem Moukrim of Al Ayam.
For a long time now, there have been many signs that Moroccans do not think that things are on the right track. Sit-ins by unemployed university graduates have become regular fixtures on the main avenues of major cities, and make for a particularly memorable sight in Rabat, the capital. Two years ago, jobless protestors blocked the port of Sidi Ifni for several days, preventing goods from being loaded or unloaded. A police force of 8,000 officers entered the city and engaged in beatings, theft and even, allegedly, rape and murder. A group of university students taking part in a peaceful demonstration in Marrakech in 2008 were imprisoned and held without charge for several months. The only woman in that group, a 21-year-old by the name of Zahra Boudkour, was stripped naked, beaten and tortured in the prison of Boulmharez. She was released last year.
But government abuse is not directed solely at political activists; it is also directed at ordinary citizens. In September 2010, for instance, Fodail Aberkane, a Moroccan construction worker, was arrested by the police in the Hay Salam district of Salé, on suspicion of being under the influence of cannabis. He was released on judge’s orders, but when he returned to the station to pick up his moped, he was detained again after an argument about paperwork. He never left his cell again. Two days later, he was turned over to Ibn Sina Hospital in Rabat, where he was pronounced dead.
Which brings me back to the February 20 movement. I love my homeland. And it is because I love it that I want it to be a place where everyone is treated equally under the law; where the legislative, judiciary and executive branches are independent of one another; where human rights are respected; and where the government is accountable to the people. This makes me a supporter of the February 20 movement and, I suppose, the kind of person the youth minister was denouncing on his Facebook page.
For now, the Moroccan government is allowing the protest to go forward, though its proxies and allies are already hard at work, calling the protestors a ragtag group of agitators with divergent and unreasonable demands. But dismissing the February 20 movement because its supporters have different personal agendas is no different from signing on to the status quo in Morocco. And for the sake of the unemployed and the illiterate, for the sake of the poor, for the sake of the victims of police abuse, for the sake of all those who have been rendered in secret prisons: the status quo cannot go on.

February 17, 2011  
The Nation.(Blog)
About the Author
Laila Lalami, the author of Secret Son, is associate professor at the University of California, Riverside.
Also by The Author

Ben Ali, dans le coma, mais encore vivant



D'après les informations obtenues hier en fin d'après midi à Tunis, l'ancien Président Ben Ali,
hospitalisé à Djedda dans un état extrêmement critique à l'hopital Fayçal, était encore vivant. Pour combien de temps? Le pronostic vital restait très pessimiste. D'après nos sources, les médecins, sur place ne lui donnaient que quelques jours à vivre.

La télévision tunisienne n'a pas brillé par son audace. Au Journal Télévisé, la rédaction a déclaré qu'il ne s'agissait là que de rumeurs. L'invitation qui avait été lancée à l'auteur de ce blog pour jeudi après midi, demandée trois jours plus tôt avec insistance, a été soudainement annulée. On nous dit que les révélations faites sur l'état de santé de Ben Ali aient expliqué cette annulation. On ne sort pas de vingt trois ans de dictature benaliste et de quarante ans de régime autoritaire bourguibien du jour au lendemain.

Quant à Leila Trabelsi, elle ne se trouvait pas hier après midi, toujours d'après les informations receuillies hier à Tunis, auprès de son mari. La rumeur à Tunis la donnait à Tripoli auprès de l'ami constant du régime Ben Ali ( et du couple MAM Ollier) que fut le débonnaire colonel Khadafi, qui aurait pu mieux terminer son rêgne. Compte tenu de la situation très tendue de la Libye, ces indications pourraient bien ne pas être fondées. On s'étonne que MAM n'ait pas proposé ses services de police à son ami le colonel....

Hier, les Tunisiens restaient très réservés sur la réalité des informations parues sur Ben Ali à Djedda. Après tant d'années de verrouillage de toute information crédible et de rêgne de la rumeur, on semble, à Tunis, très prudent en matière d'information, comme sur la défensive. Alors que je participais à Lamarsa une séance de signatures de la Régente de Carthage -près de deux cent livres signés, soit autant que la veille dans la grande librairie de Tunis-, les Tunisiens présents ne voulaient pas croire à l'issue fatale. Tout comme ils avaient eu du mal à croire au départ précipité de l'ex président le 14 janvier dernier. "On le croyait beaucoup plus fort, nous n'avions jamais cru qu'il prendrait ainsi la fuite", m'expliquait dans la journée hier un haut cadre de l'UGTT, le grand syndicat tunisien Lequel UGTT, apprend-on, négocia avec le Palais de Carthage jusqu'à la veille du départ de Ben Ali. Sur le mode: lachez le clan des voyous qui entoure votre épouse, la Régente de Carthage la bien nommée, et nus sommes prèts à calmer le jeu. Ce que Ben Ali, isolé, malade et quasi autiste, n'a pas su ou voulu entendre, tant sa capacité de jugement était désormais altérée.

Pas sûr, pour autant, que si le décès de Ben Ali est annoncé dans les jours qui viennent que les Tunisiens descendent dans la rue. Elle plus que lui, l'épouse indigne et vorace, avait cristallisé les haines et les frustrations. Certains veulent croire qu'il a été la victime de la cagole qu' il avait épousée en 1992. "Normal qu'elle ne soit pas à ses cotés, Ben Ali ne lui sert plus à rien, elle est partie". 

Cette focalisation sur la Régente explique l'incroyable symbole qu'est devenu notre livre à Catherine Graciet et moi, un succès qui nous dépasse totalement. Trois cent personnes étaient venues en débattre à la salle de cinéma du Colisée, avenue Bourguiba, mercredi après midi.

Pas une ligne, en dehors de ce modeste ouvrage de 180 page, n'avait été écrit sur Leila Trabelsi, qui faisait régner la terreur. La soif de comprendre les rouages de la "main basse sur la Tunisie" effectuée par le clan Trabelsi est immense. Autant dire franchement que le réalité dépasse le tableau que nous en avions fait . Nous qui avions eu la crainte d'aller trop loin dans la description d'un système pré maffieux étions totalement en deçà de la réalité. 

Les documents commencent à sortir sur l'ampleur des détournements des amis du clan présidentiel. L'ampleur du vol commis est impressionnante. Ainsi nous avons en notre possession un contrat, daté du 11mai 2005? entre l'Agence foncière d'habitation, organisme officiel par qui passe l'achat des terrains en Tunisie, et le gendre et ex dauphin potentiel, Saker Materi, sur l'achat d'un terrain d'un hectare au plus bel emplacement de Sidi Bousaid, le Saint Tropez local, où résidait Pierre Pasqua, le fils de Charles, condamné en France et protégé par l'ex régime. 

Et bien, ce magnifique terrait a été vendu officiellement pour la modeste somme de 114000 dinards, soit 55000 euros, alors qu'il vaut entre trois et quatre millions d'euros. Le gendre se présente dans ce document comme "un étudiant résidant à l'étranger" résidant au Palais de Carthage. Sous Ben Ali, on vivait vraiment au royaume du père Ubu.

Nous reviendrons également sur les informations apparemment approximatives publiées par le Canard Enchainé sur les investissements immobiliers de MAM. La réalité, compte tenu des premières informations en notre possession, pourrait être bien pire que le récit du Canard. MAM possédait sans doute plus d'un bien en Tunisie, mais pas forcément sous la forme décrite par le Canard qui, cette fois, aurait été un peu vite en besogne.

Le nouvel ambassadeur de France, venu d'Irak, a commencé fort l'examen de rattrapage auquel notre pays doit se plier sous peine de perdre définitivement tout crédit. Dès sa descente d'avion, le diplomate s'exprimera dans un arabe parfait. Et on le verra, jeudi après midi, se rendre par surprise à la Ligue des droits de l'homme.

Il faudra qu'il donne l'adresse à MAM et à quelques autres.....

La fin de l'islamisme radical?

Voici un excellent papier d'Anne Giudicelli sur l'islamisme face à l'onde de choc actuelle


http://www.latribune.fr/opinions/20110217trib000602128/sale-temps-pour-les-islamistes-radicaux.html